Aller au contenu
hexora

Qualité des données : diagnostiquer et corriger les erreurs à la source

Doublons, champs vides, codes incohérents : comment mesurer la qualité de vos données, trouver les causes et corriger à la source plutôt que nettoyer sans fin.

Par la rédaction Hexora7 min de lecture
Mains d’un technicien mesurant une pièce métallique avec un pied à coulisse numérique
Photo : Hans Westbeek / Unsplash

L’essentiel en 30 secondes

  • La qualité des données se juge par rapport à l’usage : une donnée est de bonne qualité si elle permet de facturer, livrer, relancer ou décider sans erreur.
  • Six dimensions permettent de la mesurer : complétude, unicité, cohérence, actualité, validité et exactitude.
  • Un diagnostic utile commence par une dizaine de données critiques, mesurées par des requêtes simples, puis remonte aux causes de chaque anomalie.
  • Corriger à la source signifie empêcher l’erreur d’entrer : contrôles à la saisie, listes de valeurs, vérification des identifiants officiels, synchronisations automatiques au lieu de ressaisies.
  • Un nettoyage ponctuel sans correction des causes ne tient que quelques mois : les mêmes anomalies réapparaissent au rythme des nouvelles saisies.

Améliorer la qualité des données, c’est d’abord mesurer, sur quelques données critiques, les champs vides, les doublons et les valeurs incohérentes, puis remonter à la cause de chaque anomalie : saisie libre, absence de contrôle, ressaisie entre deux outils. La correction durable se fait à la source, dans les outils où la donnée est créée, et non par des nettoyages répétés. Un nettoyage sans correction des causes ne tient que quelques mois.

Ce guide propose une méthode de diagnostic accessible à une PME ou une ETI, puis les techniques qui empêchent les erreurs d’entrer.

Qu’est-ce qu’une donnée « de qualité » ?

Une donnée est de qualité si elle permet de faire ce pour quoi elle existe : facturer, livrer, relancer, décider. Le cadre de qualité des données du gouvernement britannique, une référence publique détaillée et librement accessible, résume cette idée par l’expression « adéquation à l’usage ». Il s’appuie sur six dimensions, définies par l’association professionnelle DAMA UK :

Dimension Définition Exemple dans une PME
Complétude Les enregistrements et valeurs attendus sont présents Des clients professionnels sans SIREN renseigné
Unicité Pas de doublons Le même client existe trois fois, sous trois orthographes
Cohérence Les valeurs ne se contredisent pas, dans un outil ou entre outils Le client est « actif » dans le CRM, « bloqué » dans l’ERP
Actualité La donnée est disponible à temps pour l’usage Le stock affiché date de la veille au soir
Validité Format et plage de valeurs respectés Code postal à quatre chiffres, date de livraison en 1900
Exactitude La donnée correspond à la réalité L’adresse est valide, mais le client a déménagé

Cette grille a un mérite : elle transforme une impression diffuse (« nos données sont mauvaises ») en constats mesurables. Elle montre aussi que les dimensions ne se valent pas selon l’usage. Pour une relance commerciale, l’actualité du contact prime ; pour une facture électronique, c’est la validité et l’exactitude de l’identifiant du client.

Ce que coûtent des données de mauvaise qualité

Les effets sont rarement spectaculaires ; ils sont quotidiens et diffus :

  • Des factures rejetées ou mal acheminées : avec la facturation électronique, un SIREN absent ou erroné rend le destinataire introuvable.
  • Des livraisons en échec : adresse de livraison saisie dans le champ de facturation, code d’accès oublié, contact qui a quitté l’entreprise.
  • Des tableaux de bord faux : un client en double divise son chiffre d’affaires en deux, et le classement des meilleurs clients devient inexact.
  • Du temps perdu à vérifier : chaque collaborateur qui doute d’une donnée la revérifie, souvent par téléphone ou par e-mail.
  • Des projets d’IA décevants : un assistant ou un modèle entraîné sur des données incohérentes reproduit ces incohérences avec assurance. C’est le sujet de notre article sur la préparation des données pour l’IA.
  • Un risque de conformité : le RGPD impose, en son article 5, que les données personnelles soient exactes et, si nécessaire, tenues à jour.

Comment diagnostiquer la qualité de ses données ?

Un diagnostic utile ne cherche pas l’exhaustivité. Il se concentre sur ce qui compte et va jusqu’aux causes.

Étape 1 : choisir une dizaine de données critiques

Partez des processus qui souffrent : facturation, livraison, relances, pilotage. Pour chacun, listez les données indispensables. On arrive vite à une dizaine de champs : identifiant légal du client, adresse de facturation, adresse de livraison, contact de facturation, conditions de paiement, code article, unité de vente, prix, statut du client.

Étape 2 : mesurer avec des requêtes simples

Pour chaque donnée critique, quelques indicateurs suffisent :

  • taux de valeurs vides ;
  • taux de valeurs invalides (format, plage, liste de valeurs) ;
  • nombre de doublons certains (même identifiant) et probables (noms proches, même code postal) ;
  • nombre d’écarts entre deux outils pour le même enregistrement ;
  • âge de la dernière mise à jour.

Ces mesures s’obtiennent par des requêtes ou des exports, sans outil spécialisé. Elles donnent un point de départ chiffré, que l’on pourra suivre dans le temps.

Agents postaux triant le courrier dans des casiers, photographie d’archives en noir et blanc
Trier chaque pièce au bon endroit dès l’arrivée : le principe de la correction à la source. Photo : Library of Congress / Unsplash

Étape 3 : remonter aux causes

C’est l’étape que l’on saute le plus souvent, et la plus rentable. Pour chaque type d’anomalie, demandez où et comment elle est créée. Le cadre britannique recommande explicitement de résoudre les problèmes à la source plutôt que d’appliquer des corrections temporaires, en s’appuyant sur une analyse des causes racines. Les causes reviennent d’une entreprise à l’autre :

Cause Symptôme typique Correction à la source
Saisie en texte libre Valeurs incohérentes, fautes de frappe Listes de valeurs, champs structurés
Aucune recherche avant création Doublons Recherche obligatoire et détection à la saisie
Ressaisie entre outils Écarts entre CRM et ERP Synchronisation automatique
Imports de fichiers non contrôlés Pics d’anomalies après chaque import Contrôles bloquants à l’import
Champ obligatoire mais inutile pour le saisisseur Valeurs fantaisistes (« xxx », « 0000 ») Obligation contextuelle, valeur par défaut fiable
Aucun propriétaire de la donnée Personne ne corrige, chacun contourne Propriétaire métier désigné

Corriger à la source : les techniques qui marchent

Corriger à la source, c’est agir dans l’outil où la donnée naît. Les leviers les plus efficaces sont souvent simples.

Vérifier les identifiants officiels

Le SIREN est, selon l’Insee, un identifiant de neuf chiffres attribué à chaque unité légale, dont le dernier chiffre est une clé de contrôle. Un contrôle de format et de clé élimine les fautes de frappe. Mieux : interroger un service public comme l’Annuaire des entreprises au moment de la création d’un client permet de préremplir la raison sociale et l’adresse du siège, et de vérifier que l’entreprise est toujours active.

Normaliser les adresses

Un service de géocodage alimenté par la Base Adresse Nationale, documenté sur adresse.data.gouv.fr, permet de proposer des adresses normalisées pendant la saisie et de vérifier en masse un fichier existant. Moins d’adresses approximatives, ce sont moins de livraisons en échec.

Empêcher les doublons avant qu’ils existent

Avant toute création de client, l’outil recherche les enregistrements proches (même identifiant, nom normalisé voisin, même code postal) et les propose. Le collaborateur choisit alors entre « c’est le même » et « c’est un nouveau client ». Ce simple écran évite la majorité des doublons.

Supprimer les ressaisies

Chaque ressaisie entre deux outils est une occasion d’erreur et d’écart. Une synchronisation automatique, avec un outil qui fait foi pour chaque donnée, règle le problème à la racine. Nous détaillons la méthode dans nos articles sur la synchronisation CRM et ERP et sur l’automatisation des ressaisies.

Concevoir des formulaires qui aident

Les champs obligatoires doivent dépendre du contexte : le SIREN est indispensable pour un client professionnel français, pas pour un particulier ni pour une entreprise étrangère. Un formulaire qui exige une information inconnue récolte des valeurs fantaisistes. C’est une question d’ergonomie autant que de règles, et c’est souvent là qu’un CRM sur mesure fait la différence avec un outil standard mal paramétré.

Et l’existant ? Nettoyer une fois, proprement

Les contrôles à la source protègent l’avenir ; il faut aussi traiter le stock. Quelques principes :

  1. Prioriser : commencez par les clients actifs et les articles vendus récemment, pas par les archives.
  2. Automatiser ce qui est certain : normalisation des formats, enrichissement par les identifiants officiels, fusion des doublons à identifiant identique.
  3. Faire valider ce qui est probable : les rapprochements incertains vont dans une file de travail, traitée par les personnes qui connaissent les clients.
  4. Conserver la trace : chaque fusion ou correction est journalisée, pour pouvoir expliquer ou annuler.
  5. Synchroniser le résultat vers les autres outils, sous peine de voir les anciennes valeurs revenir.

Ce chantier ressemble beaucoup à une reprise de données ; notre checklist de migration de données s’applique largement.

Faire durer : la qualité comme indicateur suivi

La qualité des données se dégrade dès qu’on cesse de la regarder. Trois habitudes la maintiennent :

  • Des indicateurs de qualité dans un tableau de bord, suivis chaque mois par les propriétaires métier : taux de clients sans SIREN, doublons détectés, écarts entre outils.
  • Des contrôles automatiques à chaque synchronisation et à chaque chargement dans l’entrepôt de données, avec une alerte quand un seuil est franchi.
  • Des propriétaires désignés pour chaque domaine (clients, articles, fournisseurs), qui arbitrent les règles. Notre article sur les données de référence détaille cette gouvernance.

Vous voulez savoir où se trouvent les principales sources d’erreurs dans vos outils, et ce qu’il faudrait changer pour les tarir ? Décrivez votre situation dans notre diagnostic de projet : nous vous aidons à prioriser les corrections qui auront le plus d’effet.

Intégrations & API

Vos outils se parlent enfin.

Connecter vos outils existants et automatiser les échanges de données.

Sources et références

  1. The Government Data Quality Framework · GOV.UK (Government Data Quality Hub)
  2. Définition du numéro SIREN · Insee
  3. Annuaire des entreprises · data.gouv.fr (DINUM)
  4. Documentation de l’API Adresse et du service de géocodage · adresse.data.gouv.fr
  5. Règlement européen sur la protection des données, chapitre II (article 5) · CNIL
  • qualité des données
  • doublons
  • données clients
  • gouvernance des données
  • SIREN
  • CRM
FAQ

Vos questions, nos réponses

Par où commencer pour améliorer la qualité de ses données ?

Par les données dont une erreur coûte le plus cher aujourd’hui : souvent le fichier clients (identifiants, adresses de facturation et de livraison) et le référentiel articles. Mesurez quelques indicateurs simples sur ces données, comme le taux de champs vides et le nombre de doublons probables, puis cherchez pourquoi les erreurs apparaissent.

Comment détecter les doublons dans un fichier clients ?

En combinant plusieurs critères : identifiant officiel identique (SIREN ou SIRET), raison sociale proche une fois normalisée (majuscules, accents, formes juridiques retirées), même code postal, même téléphone ou même domaine d’adresse e-mail. Les correspondances certaines peuvent être fusionnées automatiquement ; les correspondances probables doivent être validées par une personne.

Un outil de nettoyage de données suffit-il ?

Il aide pour le rattrapage initial, mais il ne règle pas les causes. Si les commerciaux saisissent toujours les clients en texte libre, sans contrôle ni recherche préalable, les doublons reviennent. La correction durable passe par l’ergonomie et les contrôles de l’outil de saisie, et par la suppression des ressaisies entre outils.

La qualité des données est-elle une obligation RGPD ?

Oui pour les données personnelles : l’article 5 du RGPD impose qu’elles soient exactes et, si nécessaire, tenues à jour, et que les données inexactes soient effacées ou rectifiées sans tarder. Un fichier clients ou prospects plein de contacts obsolètes est donc aussi un sujet de conformité.

Qui doit être responsable de la qualité des données ?

Chaque grand domaine de données (clients, articles, fournisseurs) devrait avoir un propriétaire métier qui définit les règles et arbitre les cas litigieux, appuyé par l’équipe technique qui met en place les contrôles. Confier la qualité au seul service informatique échoue, car il ne connaît pas les règles de gestion.

À lire ensuite

Tous les articles →

Un projet ? Parlons-en.

Démarrer un projet