Aller au contenu
hexora

Sauvegardes et plan de reprise d’une application métier : RPO, RTO, 3-2-1

RPO, RTO, règle 3-2-1, copie hors ligne, tests de restauration : comment protéger une application métier contre la perte de données, la panne et le rançongiciel.

Par la rédaction Hexora8 min de lecture
Baies de serveurs dans la pénombre, éclairées de reflets verts et de voyants
Photo : Matthieu Beaumont / Unsplash

L’essentiel en 30 secondes

  • Une stratégie de sauvegarde se dimensionne à partir de deux objectifs fixés par le métier : la perte de données maximale admissible (RPO) et la durée maximale d’interruption admissible (RTO).
  • L’ANSSI recommande la règle 3-2-1 : trois copies distinctes des données (la production et deux sauvegardes) sur des supports différents, dont une hors ligne.
  • Une réplication n’est pas une sauvegarde : elle recopie aussi les suppressions, les corruptions et les chiffrements malveillants.
  • Une sauvegarde qui n’a jamais été restaurée n’offre aucune garantie : les tests de restauration réguliers sont la seule preuve que le plan fonctionne.
  • Le plan de reprise d’activité décrit qui fait quoi, dans quel ordre et avec quels accès pour remettre l’application en service, y compris après une attaque.

Une application métier est protégée lorsque l’entreprise sait répondre à deux questions : combien de données peut-elle se permettre de perdre (le RPO), et combien de temps peut-elle rester sans l’application (le RTO) ? Une fois ces objectifs fixés par le métier, la stratégie suit des règles éprouvées : la règle 3-2-1 recommandée par l’ANSSI (trois copies, deux supports, une copie hors ligne), des sauvegardes isolées du reste du système, des restaurations testées régulièrement et un plan de reprise écrit. Une sauvegarde jamais restaurée n’est qu’une hypothèse.

RPO et RTO : les deux chiffres qui dimensionnent tout

Le RPO (recovery point objective), que l’ANSSI appelle perte de données maximale admissible (PDMA), est la quantité de données que l’on accepte de perdre, exprimée en durée : avec un RPO de 24 heures, on accepte de ressaisir une journée de travail. Le RTO (recovery time objective), ou durée maximale d’interruption admissible (DMIA), est le délai dans lequel l’application doit être de nouveau utilisable.

Ces deux chiffres ne sont pas des choix techniques : ce sont des décisions de gestion, qui engagent un coût. Plus ils sont courts, plus l’architecture est complexe. Le guide de l’ANSSI rappelle d’ailleurs qu’une sauvegarde classique ne couvre pas un besoin de PDMA inférieur à 24 heures : il faut alors recourir à la réplication.

Exemple d’application (hypothétique) Conséquence d’un arrêt RPO raisonnable RTO raisonnable
Portail de commande B2B Commandes perdues, clients bloqués Quelques minutes Quelques heures
Application de planification des interventions Techniciens sans planning le lendemain 1 heure Une demi-journée
Outil de gestion des stocks Ventes et expéditions faussées 15 minutes à 1 heure Quelques heures
Intranet documentaire Gêne, contournements possibles 24 heures 2 à 3 jours

Faites l’exercice avec les responsables métier, application par application : c’est souvent la première fois qu’ils mettent un chiffre sur l’arrêt d’un outil qu’ils utilisent tous les jours.

Que faut-il sauvegarder dans une application métier ?

Sauvegarder « la base de données » ne suffit pas. Pour remettre une application en service, il faut pouvoir reconstruire l’ensemble :

  • La base de données, idéalement avec une restauration à un instant précis (point-in-time recovery), pour revenir à la minute qui précède une erreur.
  • Les fichiers déposés par les utilisateurs (pièces jointes, photos, documents), souvent stockés à part, avec un historique des versions.
  • Le code source et l’infrastructure décrite sous forme de code, pour redéployer à l’identique dans un autre environnement.
  • La configuration et les secrets (paramètres, clés d’API), stockés dans un coffre dédié et sauvegardés séparément.
  • Les clés de chiffrement des sauvegardes, conservées hors de l’infrastructure qu’elles protègent : une sauvegarde chiffrée dont on a perdu la clé est perdue.
  • Les données détenues par les services tiers (CRM en ligne, outil de facturation) quand l’application en dépend.

L’ANSSI insiste sur un point souvent oublié : sauvegarder aussi les médias d’installation, les configurations des applications métier et l’infrastructure de sauvegarde elle-même (catalogue, procédures d’import, liste du matériel nécessaire).

La règle 3-2-1, appliquée à une application web

Le guide de l’ANSSI « Sauvegarde des systèmes d’information : les fondamentaux » recommande la règle 3-2-1 : trois copies distinctes des données, c’est-à-dire les données de production et deux sauvegardes, stockées sur des supports différents, dont une hors ligne. Il juge indispensable cette copie hors ligne (ou au moins hors site en ligne sous certaines conditions), même si elle est moins fréquente que les sauvegardes locales.

Pour une application hébergée dans le cloud, cela se traduit souvent ainsi :

  1. Copie 1 : la base de production et ses sauvegardes automatiques chez l’hébergeur, pour les restaurations rapides du quotidien.
  2. Copie 2 : une sauvegarde exportée vers un autre fournisseur ou une autre région, avec des identifiants distincts de ceux de la production.
  3. Copie 3 : une copie hors ligne ou immuable, c’est-à-dire verrouillée en écriture pendant sa durée de conservation, que même un administrateur compromis ne peut ni modifier ni supprimer.

La séparation des accès est aussi importante que la séparation physique. Si le même compte peut supprimer la production et toutes ses sauvegardes, un seul mot de passe volé suffit à tout perdre. L’ANSSI recommande des comptes d’administration nominatifs et dédiés à la sauvegarde, et le cloisonnement de l’infrastructure de sauvegarde.

Disque dur ouvert posé sur une surface blanche, carte électronique visible
Deux supports différents, une copie hors ligne : la base de la règle 3-2-1. Photo : Vincent Botta / Unsplash

Réplication, sauvegarde, plan de reprise : quelle différence ?

Une réplication recopie les données en continu vers un second serveur ou une seconde région. Elle réduit fortement la perte de données en cas de panne matérielle, mais elle recopie aussi fidèlement les erreurs : une table supprimée par erreur, des données corrompues ou chiffrées par un rançongiciel. Le livre blanc d’AWS sur la reprise après sinistre le souligne : la réplication continue ne protège pas aussi bien contre la corruption ou la suppression malveillante que des sauvegardes datées. Il faut les deux.

Le plan de reprise d’activité (PRA) est le document et le dispositif qui permettent de redémarrer. Le même livre blanc décrit quatre stratégies, de la plus simple à la plus coûteuse :

Stratégie Principe RTO typique Pour qui
Sauvegarde et restauration On reconstruit l’environnement à partir des sauvegardes et de l’infrastructure décrite en code Heures La majorité des applications de PME
Veilleuse (pilot light) Les données sont répliquées, les serveurs applicatifs sont prêts mais éteints Dizaines de minutes à heures Applications importantes, budget maîtrisé
Secours actif réduit (warm standby) Une copie réduite mais fonctionnelle tourne en permanence Minutes Applications critiques pour le chiffre d’affaires
Multisite actif/actif L’application tourne simultanément sur plusieurs sites Proche de zéro Cas rares, très forte exigence de disponibilité

Quelle que soit la stratégie, les sauvegardes datées restent nécessaires : même un dispositif actif/actif ne protège pas contre une donnée corrompue répliquée partout.

Pourquoi une sauvegarde non testée ne vaut rien

En janvier 2017, une erreur de manipulation a supprimé la base de données de production de GitLab.com. Le compte rendu publié par l’entreprise est devenu un cas d’école : sur cinq techniques de sauvegarde et de réplication en place, aucune ne fonctionnait de façon fiable ou n’était réellement configurée. Six heures de données ont été perdues, et le service a été restauré à partir d’une copie vieille de six heures.

En mars 2021, l’incendie d’un centre de données d’OVHcloud à Strasbourg a rappelé l’importance de l’éloignement géographique. Dans l’un des litiges qui ont suivi, le tribunal de commerce de Lille a jugé, selon IT-Connect, que les sauvegardes d’un client étaient stockées dans le même centre de données que ses serveurs, alors que le contrat prévoyait un emplacement physique différent.

La leçon est la même : on ne sait qu’une sauvegarde fonctionne qu’après l’avoir restaurée. L’ANSSI demande que les sauvegardes soient testées régulièrement et qu’une procédure de restauration soit rédigée et mise en œuvre. En pratique :

  • une restauration automatique de la dernière sauvegarde sur un environnement isolé, avec des contrôles (nombre d’enregistrements, dernière date de mise à jour), chaque semaine ou chaque jour ;
  • un exercice complet de reprise au moins une fois par an, chronométré, pour mesurer le RTO réel et non le RTO espéré ;
  • une alerte quand une sauvegarde échoue, est anormalement petite ou n’a pas tourné.

Et en cas de rançongiciel ?

Le scénario de l’attaque change la nature du plan. Les attaquants cherchent d’abord à atteindre les sauvegardes en ligne, puis chiffrent la production. Le guide de l’ANSSI en tire plusieurs recommandations :

  • Prévoir un « bouton rouge » pour isoler immédiatement l’infrastructure de sauvegarde du reste du système dès qu’une attaque est détectée.
  • Définir un ordre de restauration qui tient compte des dépendances (annuaire, DNS, base de données, puis applications) et de la criticité de chaque application.
  • Se méfier des sauvegardes elles-mêmes : elles peuvent contenir des portes dérobées installées par l’attaquant avant le chiffrement. On réinstalle les systèmes à partir d’images de confiance et l’on restaure les données de façon sélective.

Le site Cybermalveillance.gouv.fr propose des fiches de bonnes pratiques accessibles pour sensibiliser les équipes. Pour les entreprises concernées par NIS2, la gestion des sauvegardes et de la reprise fait partie des mesures attendues, comme nous l’expliquons dans notre article sur NIS2.

Ce que le contrat avec votre prestataire doit préciser

Quand une agence développe et maintient votre application, et qu’un hébergeur l’exploite, la question « qui sauvegarde quoi ? » doit avoir une réponse écrite. Le contrat de maintenance ou d’hébergement précise :

  1. les objectifs de RPO et de RTO, application par application ;
  2. ce qui est sauvegardé, à quelle fréquence, où (pays, fournisseur, région) et pendant combien de temps ;
  3. la copie hors ligne ou immuable, et qui y a accès ;
  4. la fréquence des tests de restauration et la remise d’un compte rendu ;
  5. la procédure de reprise, tenue à jour, et les contacts d’astreinte ;
  6. la restitution des sauvegardes en fin de contrat, un point de réversibilité souvent oublié.

Le choix de l’hébergement lui-même (cloud public, cloud souverain, hébergeur certifié) conditionne une partie de ces réponses ; nous le détaillons dans notre guide de l’hébergement d’une application métier.

La checklist en dix points

  1. RPO et RTO fixés par le métier pour chaque application.
  2. Inventaire de tout ce qu’il faut pour reconstruire : données, fichiers, code, configuration, secrets, clés.
  3. Règle 3-2-1 appliquée, avec une copie hors ligne ou immuable.
  4. Comptes d’administration des sauvegardes dédiés et distincts de ceux de la production.
  5. Sauvegardes chiffrées, clés conservées à part.
  6. Alertes sur les échecs et les anomalies de volume.
  7. Restauration automatique testée régulièrement.
  8. Exercice complet de reprise au moins une fois par an, chronométré.
  9. Procédure de reprise écrite, avec l’ordre de restauration et le « bouton rouge ».
  10. Responsabilités et engagements inscrits au contrat.

Toutes les applications que nous développons sont livrées avec une stratégie de sauvegarde et une procédure de reprise documentées et testées. Si vous voulez faire le point sur la protection d’une application existante, contactez-nous.

Applications web

Des outils métier que vos équipes ont envie d’utiliser.

Des applications métier rapides, accessibles et pensées pour vos équipes.

Sources et références

  1. Sauvegarde des systèmes d’information : les fondamentaux (v1.1) · ANSSI
  2. Les sauvegardes : bonnes pratiques · Cybermalveillance.gouv.fr
  3. Disaster recovery options in the cloud · AWS (livre blanc Disaster Recovery of Workloads)
  4. Postmortem of database outage of January 31 · GitLab
  5. Incendie OVHcloud : une entreprise indemnisée · IT-Connect
  • sauvegarde application
  • plan de reprise d’activité
  • RPO RTO
  • règle 3-2-1
  • rançongiciel
FAQ

Vos questions, nos réponses

Quelle différence entre PCA et PRA ?

Le plan de continuité d’activité (PCA) vise à ce que l’activité continue pendant l’incident, par exemple grâce à un site de secours actif en permanence. Le plan de reprise d’activité (PRA) organise le redémarrage après une interruption, à partir des sauvegardes et d’une infrastructure reconstruite. Pour la plupart des applications de PME, un PRA bien testé suffit ; le PCA se justifie pour les applications dont l’arrêt bloque immédiatement le chiffre d’affaires.

Mon hébergeur cloud sauvegarde-t-il déjà mes données ?

Pas nécessairement, et rarement comme vous le souhaitez. La plupart des hébergeurs proposent des sauvegardes en option, avec une durée de conservation et une localisation à vérifier. Le principe de responsabilité partagée s’applique : l’hébergeur garantit son infrastructure, mais la stratégie de sauvegarde de vos données et leur restauration restent à votre charge ou à celle de votre prestataire.

À quelle fréquence faut-il tester une restauration ?

Un test partiel automatisé (restaurer la dernière sauvegarde de la base sur un environnement isolé et vérifier son contenu) peut tourner chaque semaine, voire chaque jour. Un exercice complet de reprise, avec l’équipe et la procédure écrite, se fait au moins une fois par an et après chaque évolution majeure de l’architecture.

Combien de temps conserver les sauvegardes ?

Cela dépend de vos besoins de retour en arrière et de vos obligations légales. L’ANSSI cite à titre d’exemple 15 jours de sauvegardes journalières, un an de sauvegardes mensuelles et cinq ans de sauvegardes annuelles. Attention : les sauvegardes contiennent des données personnelles et doivent respecter les durées de conservation prévues par le RGPD.

Les sauvegardes suffisent-elles contre un rançongiciel ?

Elles sont indispensables mais pas suffisantes. Les attaquants cherchent à chiffrer ou supprimer les sauvegardes accessibles en ligne : il faut une copie hors ligne ou immuable, des comptes d’administration dédiés et une procédure pour isoler l’infrastructure de sauvegarde dès la détection d’une attaque.

À lire ensuite

Tous les articles →

Un projet ? Parlons-en.

Démarrer un projet