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IA et RGPD : utiliser l’IA générative sans exposer les données personnelles

Usages encadrés, choix du mode de déploiement, pseudonymisation, contrat, AIPD : comment utiliser l’IA générative en restant conforme au RGPD et aux conseils de la CNIL.

Par la rédaction Hexora7 min de lecture
Pile de dossiers papier hérissée de marque-pages adhésifs de couleur
Photo : Tanja Tepavac / Unsplash

L’essentiel en 30 secondes

  • Le RGPD s’applique dès qu’une donnée personnelle entre dans un prompt, un document fourni à l’IA ou une réponse générée, quel que soit l’outil utilisé.
  • La CNIL recommande de partir d’un besoin concret, de définir les usages autorisés et interdits, de choisir un mode de déploiement sécurisé et d’associer dès le départ le DPO et le RSSI.
  • Le choix du mode de déploiement (assistant grand public, offre entreprise, API intégrée, modèle hébergé en propre) détermine qui voit les données, où elles sont traitées et si elles peuvent être réutilisées.
  • La meilleure protection est de ne pas envoyer de données personnelles inutiles : filtrage et pseudonymisation automatiques avant l’appel au modèle, transmission des seuls champs nécessaires.
  • Un fournisseur d’IA qui traite des données pour votre compte est un sous-traitant : contrat conforme à l’article 28 du RGPD, encadrement des transferts hors de l’Union européenne et durée de conservation définie.

Oui, une entreprise peut utiliser l’IA générative sans exposer les données personnelles de ses clients et de ses salariés, à condition de traiter le sujet comme n’importe quel traitement de données au sens du RGPD. Concrètement : définir les usages autorisés, choisir un mode de déploiement qui ne réutilise pas les données, ne transmettre au modèle que ce qui est nécessaire (idéalement pseudonymisé), encadrer le fournisseur par contrat et documenter le traitement. La CNIL a publié des recommandations en ce sens, qui tiennent en une idée : partir d’un besoin précis, pas de l’outil.

Quand le RGPD s’applique-t-il à l’IA générative ?

Le RGPD s’applique dès qu’une donnée permettant d’identifier une personne est traitée. Avec l’IA générative, cela arrive bien plus souvent qu’on ne le pense :

  • dans le prompt : « Rédige une réponse à M. Martin qui conteste sa facture du 12 mars » ;
  • dans les documents fournis au modèle : un contrat, un compte rendu d’entretien, un export du CRM ;
  • dans la réponse générée, qui peut contenir des informations sur une personne, exactes ou non ;
  • dans les journaux conservés par l’application ou par le fournisseur.

Le modèle lui-même peut être concerné. Dans un avis de décembre 2024, le Comité européen de la protection des données a rappelé que le RGPD s’applique, dans de nombreux cas, aux modèles entraînés sur des données personnelles, en raison de leurs capacités de mémorisation ; la CNIL en a tiré des recommandations finalisées en juillet 2025. Pour une entreprise qui utilise un modèle existant sans l’entraîner, le sujet principal reste toutefois ce qu’elle lui envoie.

Deux situations doivent être distinguées : l’usage par les salariés d’assistants du marché, et l’IA intégrée dans vos propres applications. Les règles sont les mêmes, mais les moyens de contrôle diffèrent.

Que recommande la CNIL pour déployer une IA générative ?

En juillet 2024, la CNIL a publié de premières précisions sur le déploiement de l’IA générative en entreprise. Ses recommandations se résument en six points :

  1. Partir d’un besoin concret plutôt que d’adopter un outil sans objectif précis.
  2. Encadrer les usages : dresser une liste des usages autorisés et interdits selon les risques, par exemple ne pas fournir de données personnelles au système ou ne pas lui confier de prise de décision.
  3. Choisir un système robuste et un mode de déploiement sécurisé, en privilégiant les systèmes locaux, sécurisés et spécialisés, et en vérifiant si un prestataire pourrait réutiliser les données fournies.
  4. Ne pas occulter les limites de ces systèmes, qui peuvent produire des résultats inexacts mais plausibles.
  5. Former et sensibiliser les utilisateurs aux usages interdits et aux risques des usages autorisés.
  6. Mettre en place une gouvernance adaptée, en associant dès le départ le délégué à la protection des données (DPO), le responsable de la sécurité (RSSI), la DSI et les responsables métier.

Pour la phase de conception d’un système d’IA, la CNIL a aussi publié une série de fiches pratiques : finalité, base légale, analyse d’impact, information des personnes, exercice des droits, sécurité. Elles servent de référence dès qu’un projet va au-delà de l’usage d’un outil du marché.

Quel mode de déploiement choisir ?

C’est la décision qui conditionne tout le reste : elle détermine qui voit les données, où elles sont traitées et ce qu’il en advient.

Mode de déploiement Contrôle sur les données Points à vérifier Adapté pour
Assistant grand public, compte personnel Très faible Réutilisation pour l’entraînement, absence de contrat Usages sans aucune donnée personnelle ni confidentielle
Offre entreprise d’un assistant Moyen Contrat, non-réutilisation, localisation, durée de conservation, administration des comptes Productivité individuelle encadrée
API intégrée dans votre application Élevé Contrat de sous-traitance, région de traitement, conservation des requêtes, filtrage en amont Fonctionnalités métier, données clients
Modèle hébergé en propre ou chez un hébergeur européen Très élevé Exploitation, sécurité, mises à jour, coût d’infrastructure Données sensibles, contraintes de souveraineté

Le troisième mode est souvent le meilleur compromis pour une PME ou une ETI : l’application contrôle exactement ce qui est envoyé, peut filtrer et pseudonymiser avant l’appel, et s’appuie sur un fournisseur encadré par contrat. Le quatrième s’impose pour certaines données, notamment de santé, ou lorsque l’entreprise exige un hébergement souverain.

Pièce entièrement tapissée de tiroirs de classement métalliques, dont quelques-uns entrouverts
Ne transmettre au modèle que les tiroirs utiles : la minimisation est la meilleure protection. Photo : kimak kimbek / Unsplash

Comment minimiser les données envoyées au modèle ?

La donnée la mieux protégée est celle que l’on n’envoie pas. Dans une application conçue avec la protection des données dès la conception, plusieurs techniques se combinent :

  • Transmettre les seuls champs utiles. Pour classer une réclamation, le modèle a besoin du texte de la réclamation, pas du nom, de l’adresse et de l’historique d’achat du client.
  • Pseudonymiser avant l’appel. Un filtre automatique remplace les noms, e-mails, numéros de téléphone ou IBAN par des jetons (« CLIENT_1 », « EMAIL_1 »), puis l’application réinjecte les vraies valeurs dans la réponse. Une donnée pseudonymisée reste une donnée personnelle au sens du RGPD, mais le fournisseur ne voit plus d’identité en clair.
  • Filtrer en sortie. La CNIL suggère des filtres robustes au niveau du système qui encapsule le modèle pour éviter qu’il ne restitue des données personnelles.
  • Respecter les droits d’accès dans la recherche documentaire. Un assistant branché sur les documents internes ne doit retrouver que ceux que l’utilisateur a le droit de consulter. C’est un point clé de toute architecture RAG.
  • Limiter la conservation. Les requêtes et réponses journalisées ont une durée de conservation définie, et l’historique des conversations n’est pas gardé indéfiniment par défaut.

Ces mesures relèvent aussi de la sécurité : l’ANSSI consacre un guide aux recommandations de sécurité pour un système d’IA générative, de la conception à la mise en production, et les attaques propres à ces systèmes sont détaillées dans notre article sur les risques de l’IA générative.

Quel cadre contractuel et quelle documentation prévoir ?

Un fournisseur qui traite des données personnelles pour votre compte est un sous-traitant au sens du RGPD. Plusieurs obligations en découlent.

  • Un contrat conforme à l’article 28 : objet et durée du traitement, instructions, confidentialité, sécurité, sort des données en fin de contrat, recours à des sous-traitants ultérieurs.
  • L’encadrement des transferts si les données quittent l’Union européenne : décision d’adéquation, clauses contractuelles types, ou choix d’une région de traitement européenne.
  • L’inscription au registre des traitements, avec la finalité, les catégories de données et les destinataires.
  • L’information des personnes concernées : clients, salariés, candidats doivent savoir que leurs données sont traitées par un système d’IA, et dans quel but.
  • Une analyse d’impact (AIPD) lorsque le traitement est susceptible d’engendrer un risque élevé : évaluation de salariés, données de santé, grand nombre de personnes, usage innovant.

L’IA générative croise aussi le règlement européen sur l’IA, qui ajoute ses propres obligations de transparence et, pour certains usages comme le recrutement, des exigences renforcées. Le calendrier est détaillé dans notre article sur l’AI Act pour les PME et ETI.

Trois cas pratiques, trois niveaux de vigilance

Prenons trois projets hypothétiques dans une même entreprise de services.

Projet Données en jeu Mesures clés
Résumer les tickets de support pour le reporting mensuel Noms et coordonnées des clients dans les tickets Pseudonymisation avant envoi, traitement par API encadrée, aucun stockage chez le fournisseur au-delà du traitement
Assistant interne qui répond aux questions RH à partir des procédures Procédures (peu de données personnelles), questions des salariés Recherche limitée aux documents publics en interne, journaux conservés peu de temps, information des salariés
Tri automatique des candidatures CV, données de candidats Usage à haut risque : AIPD, validation humaine de chaque décision, information des candidats, vérification des obligations du règlement sur l’IA

Le même outil technique peut donc relever de régimes très différents selon la finalité. C’est la finalité, pas la technologie, qui fixe le niveau d’exigence.

La checklist avant de lancer un projet

  1. Le besoin et la finalité sont écrits, avec les usages exclus.
  2. Le DPO et le RSSI ont été associés dès le cadrage.
  3. Le mode de déploiement est choisi, et le contrat exclut la réutilisation des données pour l’entraînement.
  4. La localisation des traitements et les éventuels transferts hors UE sont identifiés et encadrés.
  5. Seuls les champs nécessaires sont transmis ; les identifiants directs sont pseudonymisés.
  6. Les droits d’accès de l’utilisateur s’appliquent à tout ce que l’IA consulte.
  7. Aucune décision produisant des effets importants sur une personne n’est prise sans intervention humaine.
  8. Les durées de conservation des requêtes, réponses et journaux sont fixées.
  9. Le registre est à jour ; la nécessité d’une AIPD a été évaluée.
  10. Les utilisateurs sont formés, et les personnes concernées sont informées.

Ce que prépare la CNIL

Le programme de travail 2026 de la CNIL, publié en avril 2026, prévoit de finaliser ses travaux sur l’usage de l’IA dans les secteurs du travail et de la santé, de clarifier les responsabilités des différents acteurs de la chaîne de valeur (concepteurs de modèles, intégrateurs, déployeurs) et de préparer son rôle d’autorité de surveillance du marché au titre du règlement européen sur l’IA. Les entreprises qui documentent dès maintenant leurs choix seront prêtes lorsque ces précisions arriveront.

Vous voulez intégrer l’IA générative dans une application métier en gardant la maîtrise des données personnelles ? Nous concevons ces fonctionnalités avec filtrage, pseudonymisation et traçabilité intégrés dès le départ : décrivez votre projet dans notre diagnostic en ligne.

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Sources et références

  1. Comment déployer une IA générative ? La CNIL apporte de premières précisions · CNIL
  2. IA : la CNIL finalise ses recommandations sur le développement des systèmes d’IA et annonce ses futurs travaux · CNIL
  3. Les fiches pratiques IA · CNIL
  4. Accompagnement des professionnels : le programme de travail de la CNIL pour 2026 · CNIL
  5. Opinion 28/2024 on certain data protection aspects related to the processing of personal data in the context of AI models · Comité européen de la protection des données (EDPB)
  6. Recommandations de sécurité pour un système d’IA générative · ANSSI
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  • AIPD
FAQ

Vos questions, nos réponses

Mes salariés peuvent-ils utiliser un assistant IA grand public au travail ?

Ils le peuvent si l’entreprise l’a décidé et encadré : liste d’usages autorisés et interdits, interdiction d’y saisir des données personnelles ou confidentielles avec un compte personnel, formation. L’usage non encadré d’outils grand public est le premier risque de fuite, parce que l’entreprise ne maîtrise ni le contrat ni la réutilisation des données.

Une donnée pseudonymisée sort-elle du RGPD ?

Non. Une donnée pseudonymisée reste une donnée personnelle tant qu’il est possible de réidentifier la personne, par exemple avec la table de correspondance conservée par l’entreprise. La pseudonymisation réduit fortement le risque, mais les obligations du RGPD continuent de s’appliquer.

Faut-il une analyse d’impact (AIPD) pour un projet d’IA générative ?

Elle est obligatoire lorsque le traitement est susceptible d’engendrer un risque élevé pour les droits et libertés des personnes, ce qui est souvent le cas lorsqu’on combine une technologie nouvelle avec des données sensibles, des salariés évalués ou un grand volume de personnes. La CNIL publie la liste des traitements concernés ; le DPO aide à trancher.

Les données envoyées à un modèle servent-elles à l’entraîner ?

Cela dépend du fournisseur et surtout de l’offre souscrite. Les conditions des offres professionnelles et des API excluent en général la réutilisation pour l’entraînement, alors que les versions grand public peuvent la prévoir par défaut. Il faut le vérifier dans le contrat, pas sur une page marketing.

Peut-on laisser une IA prendre une décision sur une personne ?

Le RGPD encadre strictement les décisions fondées exclusivement sur un traitement automatisé qui produisent des effets juridiques ou significatifs sur une personne (refus de crédit, rejet de candidature). La CNIL cite d’ailleurs « ne pas confier de prise de décision » parmi les usages à interdire. L’IA prépare, une personne décide.

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